Partager l'article ! Trois nuits (suite et fin): Ce récit rempli de terreur l’atome que j’étais. Je compris que j'avais toujours su ce qu'é ...

Ce récit rempli de terreur l’atome que j’étais. Je compris que j'avais toujours su ce qu'était la mort puisque d'une certaine manière j'en avais le souvenir. M. Hicks était remonté jusqu'aux limites de l'existence, limites au-delà desquelles il n'y a rien, là où la conscience n'est pas.
Je venais de comprendre qu’avant ma naissance je n’étais rien, j’étais mort sans avoir encore vécu… Mais pourquoi avais-je vécu ? Je ne trouvais pas de raison pour justifier mon existence. Bien sûr je connaissais ce qui précède l'existence biologique d'un être humain : des millions de spermatozoïdes foncent vers un ovule qui les attend, mais la majorité ne trouvera jamais le chemin, perdue dans la matrice. Un groupe réduit d'élus assiège ensuite l'ovule et l'un d'entre eux parvient, unique, à le féconder. Miracle. Pourquoi celui-ci plutôt qu'un autre ? Cette question donne le vertige. Si l'on examine, même à grands traits, les causes qui ont entraîner une conception, c'est à devenir fou : il n'y a rien de moins probable que la naissance d'un être humain. Le moindre détails a son importance, ne serait-ce que les quelques minutes précédant la fécondation. Ne parlons pas des grands évènements… Je ne serais pas là si Louis XIV n'avait pas révoqué l'Edit de Nantes. Je ne serais pas là si les Grecs avaient perdu à Marathon, ni si Guillaume II avait dîné à Paris en 1914. Je dois louer chaque événement qui a précédé mon existence, si petit soit-il car sans lui je ne serais pas. Je ne peux donc déplorer la 1ère Guerre Mondiale sans mécaniquement tomber dans les contradictions, car c'est regretter implicitement mon existence. Je ne peux donc rien regretter de ce qui me précède. Est-ce moralement condamnable ? Cette question n'a pas de sens. Ce qui importe c'est de voir que nous aurions pu ne pas être, que notre existence est le résultat du plus improbable enchaînement de causes. C'est une idée effroyable et inacceptable. Alors on a inventé Dieu.
Dieu est cet être absolument nécessaire, à l'origine de toute chose et de tout être. Celui qui croit en Dieu ne pense pas que sa vie a tenu à un fil, à un enchaînement heureux de circonstances, car Dieu n'a fait qu'insuffler son âme dans un corps au moment de la conception. Le corps n'est qu'un réceptacle, standard en quelque sorte, les âmes attendant depuis toujours dans le giron de Dieu qu'Il veuille bien les incarner. Les psychologues disent qu'un enfant à besoin de sentir qu'il a été désiré, qu'il est le résultat de l'amour réciproque de ses parents. Dieu, c'est-à-dire Dieu le père, remplit cette fonction à une échelle métaphysique : nous voulons croire qu'un être supérieur nous a désiré, de toute éternité, et qu'en quelque sorte notre venu au monde ne doit rien au hasard mais était nécessaire. Si Alexandre le Grand avait préféré mener une vie tranquille plutôt que de se lancer à la conquête de l'Orient, je serais quand même né, dans un autre monde et dans un autre corps certes, mais je serais là quand même. C'est ce que certains pensent du moins. Et moi je n'en sais rien.
Une forme d’apathie fut désormais mon lot, les années et les siècles passaient et je ne me souciais plus des hommes ; j'attendais, du fond de mon purgatoire. Pourtant mes cendres s'étaient répandues dans l'univers entier au hasard de rayonnements que j'avais pus capter, un peu comme on prend un train en marche. Ils me transportèrent dans une multitude de galaxies, me plongèrent au centre des trous noirs, me firent frôler les limites du cosmos. Mais rien ne me touchait plus, sinon cette unique question : pourquoi ?
Alors que beaucoup de temps avait passé, des milliers d'années en fait, quelque chose d'étrange se produisit. Il n'y avait plus d'hommes. Peu à peu l'élan vital de notre espèce s'était atténué, atrophié, puis ils ne furent plus que quelques uns lassés de continuer le combat. L'univers se figea pour longtemps et plus rien n'apparut. Un jour, la date n'a aucun sens, mes cendres furent soudain animées d'un mouvement surnaturel, filant à des vitesses vertigineuses et convergeant vers un point unique, le lieu où elles avaient été dispersées et il m'arriva un peu ce qu'a merveilleusement décrit Agrippa d'Aubigné :
Comme un nageur venant du plus profond de son plonge,
Tous sortent de la mort comme l'on sort d'un songe.
Hébété, je restais assis un long moment sur les remparts du Guirbaden, observant Strasbourg au loin. Mes poumons se gonflaient d’un air dont ils avaient été privés depuis si longtemps, mes doigts saisissaient de minuscules cailloux, je caressais les feuilles des plantes, tout m’avait tant manqué… J’étais vivant ! Il est vrai, un peu surpris de retrouver ce lieu tel que je l’avais laissé au XXe siècle, bien avant que tout ne soit rasé par la secte de l’Oubli. La seule explication qui me vint fut de me croire enfin au paradis, et le paradis pouvait-il ne pas ressembler à mon paysage favori ? Il ne me manquait qu’une chose, une chose qui demeurait cachée, qui semblait depuis toujours hors d’atteinte : l’explication. Mais je n’appris rien ce jour-là ; surpris par la nuit je décidai de m’allonger sur les remparts et, pour la première fois depuis une éternité, je dormis.
Je fus réveillé par le lever du soleil. Une lumière douce-orange se répandait comme une onde sur la plaine, baignant les champs, infiltrant les sous-bois, frappant les façades des maisons. Je me mis en route, espérant voir d’autres rescapés ; je voulais voir Strasbourg aussi. Prudemment je descendis du donjon et en quelques minutes je fus hors de l’enceinte du château, empruntant le sentier en direction de la vallée de la Bruche. Cela me prit une petite heure, je n’étais pas pressé de toute façon, puis je fus à une centaine de mètres d’une gare, la gare de Mollkirch-Heiligenberg. Je m’approchais, ne sachant pas quoi chercher, espérant une présence humaine. Personne. Ni dans la gare, ni sur le quai. Pourtant tout semblait en état de marche, les néons grésillaient, le distributeur de billets était en fonction, un peu comme si tout le monde avait disparu peu avant mon arrivée. Sur la voie, je vis qu’on avait jeté un journal, un journal daté du jour de mon décès. Mystère…
Puis il arriva. Le train rouge. J’aime ce train, qui évoque immanquablement la campagne française. Il s’arrêta le long du quai, sans chauffeur, sans passager ; je le pris. Je ne voulais plus m’étonner de rien… Montant dans le wagon de tête je fus assailli par l’odeur caractéristique de ces trains, un mélange assez désagréable de graisses de moteur, de tabac froid et de fauteuil en skaï qui semble tout imprégner, laissant comme un film gras sur les mains courantes. Je m’aperçus combien j’adorais cette atmosphère, que d’innombrables souvenirs s’y rattachaient. Le train démarra avec un petit à-coup et m’emmena vers Strasbourg sans manquer une seule gare en chemin, mais personne ne monta, à mon grand regret.
La température de l’air était agréable. Le paysage que j’avais observé tout au long du trajet était conforme à ce que j’avais connu, du moins rien ne m’avait choqué : les éléments principaux étaient en place, des champs jusqu’aux zones industrielles. En passant devant l’aéroport d’Entzheim je me levai d’un coup pour voir si une activité quelconque y régnait, mais rien, absolument rien, les avions étaient cloués au sol. Puis, vers onze heures, le train arriva en gare de Strasbourg, le voyage avait duré une petite demi-heure, j’étais impatient de poser les pieds sur le sol de ma ville ; je sautai du wagon en marche. Connaissant bien la gare je pus en sortir rapidement pour aller à l’essentiel, c’est-à-dire me rendre au centre mystique de Strasbourg, au bas de sa flèche dressé vers le ciel… La cathédrale. Je fus rapidement à ses pieds, écrasé par sa silhouette de grès rose recouverte d’une dentelle de pierre, seul avec elle, absolument seul, ce qui me rendis entreprenant : je décidai de monter à son sommet.
Du haut de la flèche je dominais toute la ville, sentiment magique. Un vent puissant mais agréable fouettait mon visage et je contemplais la région entière. Rapidement mon regard partit à la recherche d’une présence humaine, même indirecte, mais je persistais bien deux heures sans résultat. Dans la rue Mercière, celle qui fait face à la cathédrale, je remarquai soudain plusieurs taches noirâtres sur le sol, taches qui n’existaient pas à mon époque, cela m’intrigua vivement, mais de si haut je n’arrivais pas à bien distinguer ces formes. Les formes bougèrent. Mon cœur tressaillit. Ces formes noires bougeaient, elles s’avançaient vers le portail, cent cinquante mètres plus bas. C’étaient des ombres, des ombres d’hommes, mais je ne voyais aucun corps, il n’y avait que ces silhouettes noires qui glissaient sur le sol, presque maléfiques. Incapable de réagir, je m’effondrais, demeurant prostré pendant plusieurs minutes au sommet, de plus en plus angoissé. Les ombres venaient-elles me capturer ? Tout mon corps craignait de les voir bientôt se hisser comme des serpents au sommet de la flèche, j’étais pris d’effroyable tremblement. Mais une clameur naissait en bas…
Trouvant le courage de me pencher pour regarder, je vis un spectacle inouï : la place de la cathédrale grouillait d’ombres, elles affluaient de toute part, par milliers, par millions, je n’aurais pu le dire, mais elles semblaient sourdre de la ville. La clameur augmentait sans cesse, assourdissante, montant vers le ciel, c’était un cri ou plutôt un grondement, l’addition de millions d’interrogations. Toutes semblaient demander : « Pourquoi ?».
Quant à moi, je me posais une autre question : pourquoi ne suis-je pas une ombre ? Le mystère ne dura pas longtemps, peu de temps après une ombre fut à quelques pas de moi, en haut, immobile pendant plusieurs minutes, minutes très longues. Puis, prudemment, je fis une tentative pour toucher le corps invisible qui était à l’origine de l’ombre mais sans succès, mon bras ne rencontrait aucune résistance, pourtant à chaque passage l’ombre semblait effrayée. Elle aussi elle essaya de me toucher, en vain, je voyais ses mouvements sur le sol. Sur le sol… Il me vint une idée en tâtant ma poche qui contenait une petite pierre du Guirbaden, un outil inespéré pour graver quelques signes sur le sol en grès. J’écrivis : « Vous n’êtes que des ombres.» J’avais tracé les lettres lentement, espérant que ma langue serait comprise. Mon astuce avait fonctionné, car l’ombre s’était déplacée pour mieux voir. Des doigts invisibles se saisirent ensuite de la pierre pour me répondre : « Nous sommes tous des ombres ». Ils me voyaient donc comme je les voyais, j’étais comme eux, j’étais une ombre.
Peu à peu la clameur se tue, remplacé par un épais silence. Nous attendions tous. Il était quinze heures, aucun nuage ne troublait le ciel et le soleil pouvait tranquillement brûler le sol. Je ne voulais pas engager davantage la conversation avec mon nouveau voisin car je sentais qu’il ne m’apprendrait rien de plus et d’ailleurs il ne fit rien non plus en ce sens. Il ne se passa plus rien pendant une heure, puis quelque chose frémit à l’horizon, le ciel commença à se charger de nuages qui avaient une couleur très sombre, presque noire, un peu comme celle qui annonce les orages. Mais ces nuages n’amenaient pas la pluie, j’en avais la profonde intuition, ils apportaient quelque chose d’horrible et progressivement le ciel entier s’assombrit. Des éclairs rouges parcouraient l’intérieur des nuages, très rapidement, et à chaque fois l’angoisse augmentait parmi les ombres, je ne savais que faire, perdu, désespéré, terrorisé par ce qui se préparait.
L’ignorance de ce qui nous attendait rendait ces moments particulièrement pénibles, car aucun de nous ne pouvait se sentir irréprochable, d’autant que chacun devait se demander quelle loi serait appliquée. La clameur reprit. Je vis au loin quelque chose sortir des nuages, quelque chose qui ressemblait à un oiseaux, très gros, et qui volait vers nous. J’avais du mal à estimer sa taille, plusieurs mètres ou plusieurs dizaines de mètres, impossible à dire, d’autres oiseaux apparaissaient maintenant, l’horizon en fut bientôt plein, ils fondaient sur nous, que se passait-il ? La réponse était perché juste derrière moi, sur la nef : ce que j’avais pris pour un oiseau avait en fait une envergure d’environ cinquante mètres, c’était une bête répugnante avec des yeux terrifiants qui pénétraient les âmes, sa peau écaillée était brune et luisante, ses serres étaient d’acier. Sur son dos, j'aperçus un cavalier en armure noire et au cimier blanc qui la chevauchait fermement, les rennes dans une main, une hache de feu dans l'autre, son regard balayant le sol en provoquant l'effroi et scintillant d'une énigmatique lumière noire. Bientôt ils furent des centaines comme lui autour de nous, comme des rapaces, dans quelques instants se serait l’assaut.
Ils attrapaient les ombres de leurs serres et les emmenaient dans les nuages puis revenaient sans elles. Je me cachais autant que possible au sommet de la flèche mais l’issue était inéluctable. Quelques uns d’entre nous avaient cru bon de se réfugier dans la cathédrale en la prenant pour un sanctuaire mais les cavaliers n’hésitèrent pas à détruire la toiture pour les débusquer. Je n’osais plus regarder ces scènes atroces où des ombres se débattaient désespérément pour se dégager de l’emprise des bêtes, d’autres pensaient se réfugier dans les maisons alentour mais rien ne pouvait les sauver. Mon voisin fut emmené : je sentais son être secoué par des convulsions, mais il ne se révolta pas et laissa la bête se saisir de lui. Pris de folie je me mis en tête de m'agripper à ses jambes pour que la bête le libère mais aussitôt le cavalier me frappa de sa hache, ce qui me fit lâcher prise. Bien que terrassé par la douleur je lançais ce cri vers lui : « Pourquoi ? » Il répondit, sans appel : « Ici il n'y a pas de pourquoi. »
Ce balai dura plusieurs jours, jusqu’à ce qu’il n’y ai plus personne, plus personne sauf moi. Faux espoir. Le cavalier revint une dernière fois et je me laissai capturer sans résistance. La pression des serres sur mon corps misérable me fit beaucoup souffrir, mais la peur que je ressentais était pire encore. Nous avons ensuite traversé l’épaisse couche de nuage sombre puis je vis le terme de mon voyage : on me débarqua sur un quai gigantesque suspendu dans les airs, au milieu des autres. Nous ne pouvions toujours pas communiquer. Très vite je compris ce qui se tramait sur ce quai sordide : nous étions entourés par des gardes armés de fouets dont ils se servaient à tout instant et sans raison, ils nous faisaient avancer en colonne, chaque colonne faisant face à un juge tenant un livre ; nous passions à tour de rôle devant lui pour que s’accomplisse ce qui a été écrit :
Les morts furent jugés d'après ce qui était écrit dans les livres, selon leurs œuvres
Après quoi le juge indiquait l’un des deux côtés du quai. Curieusement, la sentence était invariablement la même, le juge indiquant le côté gauche. Ce fut bientôt mon tour et on ne me donna pas l’occasion de me défendre, d’ailleurs on ne me dit même pas ce qu’on me reprochait, pas un mot, juste un geste de la main…
Il n’y avait qu’un homme du côté droit du quai, un seul homme. Le seul qui n’était pas une ombre. Ainsi s’accomplissait la prophétie :
Et il ne reste qu’un petit nombre d’hommes
Je criais mais personne ne m’entendis ou ne voulut m’entendre : « Qui est cet homme qui mérite d’être sauvé ? Ne nous abandonne pas, inconnu, dis-nous ce qu’il fallait faire !» Les gardes m’imposèrent violemment le silence. Je me tue, en pensant que c’était pour toujours. Une tristesse immense m'envahit. Je pensais : comment peuvent-ils nous faire du mal ainsi, quel est notre crime ? Je n'ai pas été parfait, mais rien ne peut justifier ce qui se déroule sous mes yeux. Rien. Les lois humaines avaient été plus justes que ce à quoi on nous soumettait. Etait-il possible que Dieu ne fût pas miséricordieux ? Où était passé ce Dieu censé n'être qu'amour ? Il me vint du plus profond de l'âme une révolte que je ne suspectais pas, car ce qui se passait était inacceptable : aucun être humain ne méritait de séjourner en enfer, le pardon devait s'appliquer à tous et brusquement me revint cette phrase d'un pape de mon temps : « N'ayez pas peur, entrez dans l'espérance ».
Soudain les cieux s'éclaircirent et Dieu apparut dans toute Sa puissance : les ombres s'évanouirent devant Sa lumière et chacun prenait la mesure de ce qu'il était par rapport à Celui qui est tout. Lentement Il prit forme humaine et descendit sur le quai, vraisemblablement pour s'adresser à nous. Son visage était celui de tous les hommes. Mais nous n'étions plus que des ombres, tournés vers Lui et espérant sa mansuétude. L'homme de l'autre côté du quai semblait serein. Etrangement, il n'avait aucun regard pour nous. Les Cavaliers, les juges et les gardes s'étaient assemblés autour de Dieu, formant sa cour. Enfin, Il nous parla : « Je vais dire pourquoi ». Tous nous allions enfin comprendre le sens de l'univers, savoir comment l'injustice et la souffrance avaient été possibles dans un monde créé par l'Être suprême. La question que se posait tout homme recevrait une réponse. Il continua : « Je ne suis pas juste. Je ne suis pas miséricordieux. Je suis à la fois juste et injuste, vengeur et miséricordieux. Je suis le principe de ce monde, Je suis Tout et vous devrez souffrir une éternité pour que s'accomplisse ce qui a été écrit :
Les malheureux seront dans le Feu
où retentiront des gémissements et des sanglots;
ils y demeureront immortels,
aussi longtemps que dureront les cieux et la terre
Alors qu'Il prononçait ces paroles le soleil s’approcha de la terre à une vitesse miraculeuse jusqu’à être très proche de nous, on n’en voyait plus la courbure, il formait un vaste océan suspendu. Les cavaliers se saisirent de milliers d'entre nous et les entraînèrent vers le soleil. La fournaise nous attendait tous pour une raison qui me semblait incompréhensible. Je ne voulais pas me laisser confondre par des paroles aussi abstraites, je ne voulais pas succomber au désespoir comme la plupart de mes compagnons d'infortune. Mais les temps étaient proches, les flammes du soleil embrasaient le ciel et dans quelques instants les premiers suppliciés y seraient précipités. J'en faisais partie. Je ne pouvais croire à cette échéance. Je regardais une dernière fois le quai avec ses innombrables ombres qui attendaient terrorisées, je pensais à mes amis, à ma famille, et je ne comprenais pas comment Dieu pouvait détruire tout ces êtres qui avaient au moins à un moment de leur existence fait quelque chose de bien, au moins une fois. Puis mon regard se porta sur l'autre côté du quai, où l'on ne distinguait qu'un homme, un seul, voilà tout ce qui serait sauvé de l'Humanité, un seul avait trouvé grâce aux yeux du Créateur. Les cavaliers allaient me jeter dans quelques instants dans le brasier éternel, je m'adressai à l'homme en désespoir de cause : « Toi, pourquoi ne fais-tu rien ? Tu es homme et rien de ce qui est humain ne t'es étranger. Vas-tu rester ainsi sans rien dire ? Sauve-nous de l'enfer, intercède en notre faveur. » Contre toute attente il me répondit :
- Pourquoi ? Dieu n'acceptera jamais.
- Si, objecté-je, car il est écrit :
Les malheureux seront dans le Feu
où retentiront des gémissements et des sanglots;
ils y demeureront immortels,
aussi longtemps que dureront les cieux et la terre
à moins que ton Seigneur ne le veuille pas
car ton Seigneur fait ce qu'il veut.
Apparemment il en fut troublé car il hésita pendant quelques instants avant de répondre, instants qui me parurent les plus longs de mon existence. Il dit :
- Cavalier, ramène cet homme.
- Pourquoi me sauve-tu, demandai-je
- C'est ta foi qui t'a sauvé.
Et immédiatement je fus ramené par le cavalier sur le quai, du côté de mon bienfaiteur, redevenu homme comme lui. Ma joie était immense. Je ne fus pas le seul, car les ombres elles aussi retrouvaient leur apparence humaine, la félicité se lisait sur les visages et je ne fus nullement surpris car ainsi s'accomplissait ce qui est écrit :
Quiconque sauve un homme, sauve tous les hommes
Je me reconnais dans ce que vous faites et j'aimerais bien discuter avec vous de tout et de rien mais aussi d'édition : les seules formes d'édition des autofictions sont-elles l'internet?
A bientôt j'espère